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Climat scolaire

La justice réparatrice

États-Unis

Origine de la justice réparatrice

La justice réparatrice (ou restaurative) tire son origine de pratiques ancestrales de certains peuples africains, des Maoris néo-zélandais ou des peuples amérindiens. Elle s’applique lorsqu’un méfait a été causé et vise à « compenser le tort fait aux victimes et à contribuer à maintenir la paix et la sécurité dans la société » (Déclaration de Louvain, 1977) Ces peuple estimaient que l’agresseur s’excluait par le crime qu’il commettait, il s’agissait donc de lui proposer un moyen de réintégrer la société.

Elle s’organise autour de trois acteurs :

  • la victime qui accepte d’y participer, sans qu’une pression soit exercée sur elle,
  • l’agresseur qui est prêt à reconnaître sa culpabilité,
  • un médiateur compétent et ayant reçu une solide formation.

La différence avec la justice traditionnelle repose sur plusieurs points. Tout d’abord, si la justice traditionnelle se focalise sur l’agresseur et la juste peine à lui infliger, la justice réparatrice, elle, se concentre davantage sur les besoins de la victime et la responsabilité de l’agresseur dans le processus de réparation. De plus, la justice réparatrice met l’empathie au cœur de sa démarche, à la fois comme réparation, mais aussi comme prévention, tandis que la justice traditionnelle se fonde sur l’idée que la peur de la punition suffira à prévenir le crime.

Le Canada est le premier pays occidental à introduire la justice réparatrice, dans les années 70. Des études menées dans ce pays ont mis en avant l’efficacité d’une telle démarche, tant auprès des victimes qui se sentent plus satisfaites, qu’auprès des agresseurs dont le taux de récidive est réduit.

La justice réparatrice à l’école

À la suite de la justice, l’école s’est intéressées à ces pratiques pour résoudre les problèmes de climat scolaire, notamment aux États-Unis, à la suite des politiques « 0 tolérance » qui se sont avérées inefficaces, et même contre-productives en direction des minorités. Désormais, des districts entiers invitent les pratiques de justice réparatrices à l’école, comme dans celui de San Francisco, New-York ou Denver.

L’idée générale des pratiques réparatrices à l’école est de prendre les problèmes de comportement d’un élève comme des erreurs d’apprentissage qu’il lui faudra assumer pour progresser, tout en rétablissant le lien avec la personne offensée. La punition traditionnelle ne permet pas un retour véritable sur le problème, car elle ne fait que souligner la faute à peu de frais pour la victime qui ne trouve pas de lieu pour s’exprimer ni pour l’agresseur qui paie sa dette sans s’engager dans un processus de réflexion, d’empathie et de réparation.

À la West Leadership Academy, un établissement très difficile de Denver, où la misère est immense et où l’enjeu pour l’école est d’éviter la case prison à ses élèves, j’ai rencontré Cris qui a véritablement impulsé cette démarche. Cris est d’une immense justesse, évitant soigneusement le pathos et la moralisation, et son engagement auprès des élèves est sans faille. Dans cet établissement, les pratiques réparatrices peuvent prendre plusieurs formes :

  • l’écoute active de la part d’un adulte,
  • les médiations agresseur-victime,
  • les cercles de parole qui laisse une voix à tous ceux qui ont une part plus ou moins directe dans le conflit,
  • la médiation familiale qui relie l’école et la famille au service de l’élève.

Quelle que soit la forme de la pratique réparatrice, le dialogue se centre sur trois questions :

  • Qu’est-ce qui a été fait ?
  • Qu’est-ce que ça me fait ?
  • Qu’est-ce qu’on fait ?

Par exemple, à l’Agora, une école secondaire alternative de Montréal, j’ai été témoin de ce genre d’approche pour résoudre un problème avec une élève qui avait filmé sa professeure en cours. À la suite de cette démarche, après deux jours d’exclusion en interne durant lesquels l’enseignante et l’élève ont travaillé ensemble sur sa matière, l’élève est allée l’aider pendant une semaine dans différentes tâches. « L’objectif premier était de rétablir le lien entre elles, » soulignait M. Petit, le principal.

Ce que j’en pense

Je trouve la démarche très intéressante et assez féconde, car on remarque que les punitions traditionnelles échouent souvent à dissuader un élève de recommencer, car il n’assume que rarement sa responsabilité. Il me semble que ces pratiques font un bien meilleur travail de prévention qu’une simple punition répressive. Cependant, je soulignerais l’importance de la formation des adultes engagés dans ce processus afin de ne pas céder au laxisme et aux bons sentiments qui conduiraient à placer l’agresseur en position de victime. En outre, cette approche n’a de sens, comme toute réaction, que si elle est mise en place immédiatement après l’acte problématique, comme une conséquence directe de celui-ci.

Pour s’inspirer

  • Quelques ressources proposées par Question de Justice. (français)
  • Une boîte à outils proposée par Transforming Conflict (français)
  • Le site Edutopia propose des outils pour implémenter ces pratiques à l’école. (anglais)
  • Le site Restorative Resources offre un grand nombre d’outils et de ressources pour s’inspirer. (anglais)

Pour aller plus loin

  • Dans son article "La justice restauratrice", Jacques Lecomte fait une bonne présentation de ces pratiques dans le monde judiciaire, ainsi que des études menées sur son efficacité. (français)
  • L’article « Les limites de la justice restaurative » permet d’ajouter quelques nuances au débat. (français)
  • Une sélection de livres proposée par Question de Justice. (français)
  • Une enseignante parle de la justice restaurative dans son établissement. (anglais)
  • Une vidéo sur les pratiques restauratives à l’école aux États-Unis. (anglais)