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Collaboration

Le projet BuddySchool

Finlande

Le projet BuddySchool a été lancé en 2015 par la ville de Helsinki, originellement, pour répondre au problème d’intégration des jeunes migrants à l’école et dans la société finlandaise. Dans le bus qui nous conduisait à la première école de mon tour, Kirsti, la coordinatrice de ce projet, m’expliquait que 25% des jeunes migrants se retrouvent sans emploi à la fin de leurs études, contre 4% dans la population générale.

La BuddySchool c’est quoi ? C’est un programme adaptable qui promeut l’enseignement entre élèves. Ce projet est né grâce aux outils du Design Thinking, qui a guidé tout le processus de création afin que le produit final offre une réponse vraiment adaptée au problème initial.

Ce qui m’a intéressée dans ce projet, c’est qu’il peut prendre des formes variées, en fonction de l’école qui choisit de l’implémenter. Maintenant, après deux ans d’existence, 18 écoles organisent une BuddySchool, et le projet compte plusieurs centaines de « buddies », des élèves plus âgés motivés qui enseignent aux plus jeunes.

Jakomäki

On commence notre visite dans l’école de Jakomäki, dans cette école défavorisée de la banlieue populaire de Helsinki, la BuddySchool s’organise avec un centre d’accueil de jeunes migrants. Par deux ou trois, ces derniers viennent deux fois par semaine durant le cours de mathématiques des CP pour donner un coup de main au professeur, aux élèves, et pratiquer leur finnois. Ils sont accompagnés d’un encadrant qui permet de les mettre à l’aise et de les inciter à communiquer. L’enseignante qui les accueille est ravie du procédé, les jeunes réfugiés l’aident avec les élèves et progressent de manière visible en finnois. Pour eux aussi, c’est un plaisir, car leur rôle est vraiment utile dans la classe et ils retrouvent confiance par la confiance qu’on leur fait durant ces cours.

Myllypuro

On enchaîne ensuite par l’école de Myllypuro, assez mal considérée il y a quelques années, elle commence maintenant à briller. Je suis accueillie avec du chocolat par un groupe d’élèves et la coordinatrice du projet dans l’école. Avant ma venue, ils ont réalisé ensemble un dessin-bilan de toutes les actions menées par les membres de la BuddySchool. Le mouvement est parti d’un petit groupe de filles. D’abord, elles ont commencé un « Club de filles » où elles se réunissaient pour pratiquer des activités après l’école. Puis un groupe a commencé à se former pour organiser un temps d’aide aux devoirs le mardi après-midi. Ils me racontent qu’ils sont, pendant cette heure d’aide aux devoirs, en parfaite autonomie : les Buddies servent de mentors pour les plus jeunes, et l’heure se clôt avec un petit goûter. Puis le dispositif s’est encore agrandi et des Buddies, à tour de rôle, animent les récrés avec des jeux ou des sports, vont dans les classes des plus petits pour donner des coups de main aux enseignants, s’occupent du CDI, organisent un système de parrainage pour guider les plus jeunes qui arrivent à l’école et cette année, forment les plus intéressés à devenir les nouveaux leaders, qui prendront la relève lorsque cette équipe aura quitté l’école. Toutes ces actions sont impulsées par les élèves eux-mêmes, le rôle des professeurs est réduit au minimum : ouvrir la porte du gymnase, recenser les absents, ou coordonner certaines actions.

Il aurait été difficile de ne pas être charmé par l’enthousiasme et la maturité des Buddies que j’ai rencontrés ce jour-là. Je voyais très bien mes élèves s’emparer d’un tel dispositif si on leur donnait un peu plus de responsabilités.

Suutarila

Après le déjeuner, on rejoint l’école de Suutarila au nord de Helsinki. On va assister à un temps spécial BuddySchool : les plus grands ont préparé un parcours de motricité dans le gymnase pour les plus jeunes. Pendant ce temps, je discute du dispositif avec une élève blessée qui ne peut donc pas participer. Elle me raconte que les élèves viennent à ce « cours » une fois par semaine, à un moment où leur classe a cours aussi et les plus grands s’occupent des plus petits. Elle me dit qu’elle aime bien quand un élève comprend quelque chose grâce à elle. Je comprends plus tard que les élèves plus âgés sont choisis parmi ceux qui ont le plus de problèmes de comportement et que ça fonctionne très bien pour les faire progresser dans ce domaine. Pour les plus jeunes, leurs progrès dans les différentes matières sont un bon indicateur de la réussite de ce programme.

Je me dis que c’est si simple et de bon sens de responsabiliser les élèves turbulents et leur redonner confiance en les faisant tuteurs d’autres élèves qu’on devrait tous faire ça.

Pasilia

Le lendemain, je visite l’école de Pasilia où on m’a préparé une petite présentation pour m’expliquer comment le projet est adapté à cette école. Il a commencé par de la lecture des plus grands aux plus petits, maintenant les plus grands aident les plus petits sur des thèmes vus en classe une fois par semaine. La professeure de français, elle, avait entraîné ses élèves à planifier un cours intéressant et amusant dans le but de convaincre les enfants de CE1 de choisir le français comme langue étrangère à étudier. Le concept de la BuddySchool a aussi été utilisé pour évaluer les élèves : ces derniers pouvaient gagner des points en organisant un cours sur ce qui avait été étudié en classe.

Ce que j’en pense

On le voit, le dispositif peut être adapté en fonction de l’intérêt des élèves, des problématiques de l’établissement ou des ressources disponibles. Dans tous les cas, il repose sur la responsabilisation des plus âgés qui jouent un rôle de modèle et de mentor auprès des plus jeunes. Le dispositif est encore récent, mais les retours sont très positifs, que ce soit en terme de comportement ou de progrès scolaire. Il me semble aussi que passés les premiers tâtonnements lors de la mise en place, une fois que le projet devient régulier et que tout le monde connaît son rôle, ça ne peut que fonctionner à merveille.

Pour s’inspirer en France

- Le site de la BuddySchool. Les porteurs de ce projet cherchent à s’associer à d’autres écoles à l’international. Si l’article vous a intéressé, n’hésitez pas à les contacter. (en anglais)
- S’inspirer du livre de Vincent Faillet, professeur de S.V.T. au lycée, qui met en pratique l’enseignement mutuel dans sa classe. (en français)

Pour aller plus loin :

- L’organisation HundrED.org recense les innovations pédagogiques à travers le monde, et met à disposition une fiche sur la BuddySchool pour aider les acteurs éducatifs à mettre en place ce programme. (en anglais)
- Un dossier complet sur l’enseignement entre pairs sur le site canadien TA à l’école (qui donne de nombreux outils pour les élèves avec des troubles de l’apprentissage) : résumé, études d’efficacité, conseils de mise en pratique. (en français)
- Sur l’enseignement mutuel, le livre d’Anne Querrien,L'école mutuelle : une pédagogie trop efficace ? (en français)
- La thèse de Sylvie Jouan,La classe multiâge d'hier à aujourd'hui : archaïsme ou école de demain ? (en français)