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Collège sans classes

L’institution Notre Dame

France - Bordeaux

J’ai rencontré Sylvain Faussat, le directeur adjoint de l’établissement, un mardi de mai au Collège-Lycée Notre Dame, à Bordeaux.

Le collège existe depuis longtemps, mais cette initiative n’a que quelques années. En 2013, sensibles à l’intégration des élèves à haut potentiel, un groupe de professeurs se mobilise et lance une nouvelle idée : « Et si on créait un collège sans classe ? » Le projet fait son bout de chemin durant l’année grâce à l’énergie de ces enseignants, et le rectorat accepte le changement de cap pour la rentrée 2014. C’est parti, les élèves ne seront plus jamais répartis par classe d’âge.

Lorsqu’on en discute avec Sylvain Faussat, déjà présent lorsque la réflexion débutait tout juste, il utilise volontiers la métaphore du jeu de l’oie pour donner une idée de son collège idéal : « Le parcours scolaire devrait s’enchaîner aussi simplement que sur un jeu de l’oie, les élèves devraient pouvoir progresser, à leur rythme, d’une case à l’autre sur leur propre chemin. » Le respect du rythme de l’enfant, c’est ce qui fait la particularité du collège Notre-Dame.

Moduler le parcours scolaire

Comment cela se passe concrètement ? À leur arrivée au collège, tous les élèves passent une évaluation diagnostique pour évaluer leurs forces et leurs faiblesses. Ils sont donc répartis dans le groupe qui correspond à leurs besoins dans chaque matière : un élève peut suivre des enseignements de niveau 6e en français et de 4e en maths, l’enseignement s’adapte à chaque élève. Trois fois par an, ils ont la possibilité de changer de groupe en fonction de l’avis des enseignants et de la famille, à la moitié ou à la fin du premier trimestre, puis à la fin du deuxième. « Au début, les élèves ne pouvaient que progresser, me raconte Sylvain Faussat, car l’idée était de les tirer vers le haut, mais peu à peu, on s’est rendu compte que pour certains, il était plus constructif de passer dans un autre groupe de besoin qui donnerait l’occasion de reconstruire les bases, donc on s’adapte à chaque situation. » Les cours sont organisés de telle sorte que cette flexibilité soit permise : tout le monde a cours de français en même temps, et ainsi de suite.

Il me précise que cette souplesse n’est possible que parce que le collège ne compte que deux classes par niveau. Et quand je luis demande s’il pense qu’il serait possible de s’en inspirer dans un établissement classique, il répond avec modération : « Il y a de grosses contraintes organisationnelles, mais avec assez d’enseignants, peut-être qu’on pourrait profiter des heures d’Accompagnement Personnalisé, pour créer quelque chose de similaire, à une moindre échelle. »

Ce projet connaît un certain succès auprès des élèves qui trouvent très motivant de pouvoir évoluer en fonction des réussites. Cependant, « Les enseignants ont a cœur que cette motivation ne devienne pas une compétition malsaine entre les jeunes, et il nous arrive aussi de ralentir un élève qui ne nous semble pas assez mûr ou trop compétitif », m’explique Sylvain Faussat.

Changer l’évaluation

Depuis 2015, l’évaluation par compétence a remplacé intégralement les notes chiffrées dans ce collège. Les élèves, pour chaque évaluation, sont informés des compétences évaluées et se voient attribuer une lettre en fonction de leur niveau d’acquisition : A et B lorsque c’est acquis, et C et D lorsque ce n’est pas acquis. « C’est intéressant d’échapper à la note globale de la copie qui masquait des faiblesses ou des réussites, même si cela demande un réel travail pour rendre l’outil le plus lisible possible pour les parents, précise Sylvain Faussat. »

Valoriser la créativité et la transdisciplinarité

Cette année, en 6e, s’est ajouté un projet pilote : la classe Héraclès. Il consiste à mettre les élèves en activité dans des projets interdisciplinaires. Les enseignants sont alors obligés de changer de posture et quittent leur fonction transmissive pour adopter une posture de facilitateur entre l’élève et le savoir pour les guider dans leur projet : ils sont là pour aiguiller, fixer des objectifs et donner de l’aide.

Cette année, les sixièmes ont donc travaillé sur le vin, la biodiversité et les arts rupestres, convoquant, pour chaque projet, plusieurs matières, ce qui leur permettait d’accéder à une compréhension plus globale des connaissances.

L’objectif de cette classe est de développer l’autonomie des élèves, qui s’engagent activement dans le processus de recherche et de construction de la tâche finale, d’en faire des acteurs de leur apprentissage et de leur donner des projets concrets à poursuivre.

L’an prochain, la classe Héraclès sera reconduite avec les cinquièmes, c’est plutôt bon signe !