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Ecole innovante

International College of Hong-Kong

Hong-Kong

Je suis arrivée tôt le matin, à l’International College of Hong-Kong (ICHK), une petite école secondaire au nord de la péninsule Hongkongaise, perdue dans la forêt, presque déjà à la frontière avec la Chine. Cette école a été repérée par le classement Cambridge des établissements les plus innovants du monde. J’ai été reçue par Toby, le principal, dont tout le monde me parlera ensuite comme un incroyable agent de changement et Claire, la responsable de la communication et qui s’assurera que ma journée se déroule au mieux. Je ressens tout de suite une atmosphère agréable de douce familiarité entre eux, moi et les enseignants qui passent une tête dans le bureau alors que Toby me présente l’école : « On est très clair avec les élèves, quand on parle d’apprentissage, on ne se contente pas de parler de connaissances scolaires ». Mon premier interlocuteur sera Ray, à la tête du département d’éducation physique et très engagé dans l’école.

Le Deep Learning

Ray me présente d’abord ce qui fait la fierté d’ICHK : le programme Deep Learning. Lancé cette année, il est conçu pour « encourager l'indépendance, la motivation, le plaisir et l’approfondissement de l'apprentissage des élèves. » Commencé avec des élèves de la 5e à la 3e, le Deep Learning est un programme de quatre jours répartis dans l’année qui offre aux élèves des expériences interdisciplinaires. L’idée est de développer de nouvelles compétences, d'améliorer leurs connaissances et de développer leur motivation par des défis stimulants.

Par exemple, à Hong Kong, les bambous sont largement utilisés dans les échafaudages, l'un des projets de Deep Learning visait donc à créer un terrain de jeu en bambou pour l'école en partenariat avec une ONG laotienne afin de le reproduire dans des écoles au Laos. Tout en approfondissant les connaissances des élèves en construction et en sciences, ils furent ainsi sensibilisés aux questions écologiques et humanitaires.

Dans cette même idée, Nicholas, professeur d’espagnol que je rencontrerai plus tard ce même jour, me racontera sa journée d’expédition au restaurant avec ses élèves. Dans le bus qui y menait, les élèves s’entraînaient à parler, préparaient leur sortie et écoutaient ses explications, le tout en espagnol. Puis au restaurant, un autre enseignant leur présenta les menus, expliqua la cuisine et son histoire, en espagnol bien sûr, avant de commencer la dégustation. « Bien sûr, les élèves étaient ravis, me dit Nicholas, mais en plus ils en sont revenus beaucoup plus motivés parce qu’ils avaient compris l’utilité de l’espagnol. »

J'ai trouvé ce programme stimulant, car il relie la vie réelle et les connaissances scolaires, et offre aux élèves des perspectives différentes et une approche plus concrète de ce qui peut paraître abstrait pendant les cours. Cependant, ce genre de projets est toujours extrêmement exigeant pour les enseignants qui doivent collaborer régulièrement en amont et prévoir un cadre rigoureux pour ne pas perdre de vue leurs objectifs.

La psychologie

La psychologie est très présente à ICHK. D’abord, Ray me raconte comment l’établissement a décidé de s’inspirer de la psychologie positive, et des travaux de Martin Seligman et notamment de son modèle PERMA, qui définit les cinq éléments du bonheur :

  • P  pour  Positive Emotion (les émotion positives)
  • E  pour  Engagement (l’engagement)
  • R  pour  Relationships (les relations)
  • M  pour Meaning (le sens)
  • A  pour Accomplishments (l’accomplissement)

Ray m’explique donc, comment il l’utilise en éducation physique. Il commence par six leçons pour aider les élèves à se familiariser avec ces concepts, ensuite, il les utilise pour construire ses activités et ses évaluations. Ainsi, dans ses cours, les élèves sont amenés à évaluer leur performance physique, mais aussi leur bien-être. Ils comprennent ainsi combien les deux sont étroitement liés.

Nicholas, le professeur d’espagnol, me parle lui de l’analyse transactionnelle comme outil de communication entre professeur et élève. C’est une théorie développée par Éric Berne à la fin des années 50 et qui postule que dans les rapports sociaux, plusieurs « moi » peuvent se manifester : l’enfant, le parent, l’adulte. L’idée, vous l’aurez compris, sera de tendre vers une communication entre « adultes ». Pour l’enseignant, il s’agira de naviguer entre l’autorité et l’amitié et sensibiliser les élèves à ce qui est en jeu dans une relation sociale, afin qu’ils se défassent de certaines postures « d’enfant » ou de « parent. »

Le programme d’ICHK s’appuie explicitement sur plusieurs théories du développement de l’enfant (Dweck, Vygotsky, Egan, Erikson) pour offrir une éducation la plus compréhensive possible. Les enseignants sont formés à ces théories et ces dernières prennent vie dans la philosophie de l’école, qui promeut le bien-être et le respect du rythme des élèves.

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La créativité

Je rencontre ensuite Liam, engagé d’abord comme professeur de danse, il est à la tête du département artistique maintenant et en charge du théâtre et des arts visuels. Son énergie est communicative et notre discussion s’enflamme autour de tous ses projets. Tous les élèves de l’établissement reçoivent un enseignement créatif (danse, théâtre, chant, art visuel) et doivent y consacrer plusieurs heures par semaine. Grâce à cette politique artistique très explicite et engagée, il conduit une troupe d’élèves à se produire lors d’un grand spectacle public tous les ans. Les élèves qui ne souhaitent pas faire partie de la représentation trouvent une place dans les « métiers de l’ombre » : metteur en scène, régisseur, décorateur… Il a aussi monté sa propre entreprise qui développe des outils pratiques pour enseigner les arts visuels : des affiches, des jeux de cartes, etc. Il me montre enfin sa fierté, une salle de classe qu’il a repensée et remeublée avec les élèves à partir de rien, une salle où l’on se sent bien et où l’on peut aller travailler ou se réfugier quand on le souhaite: on y trouve des poufs, des canapés, des tapis au sol et des couleurs vives sur les murs.

Le free learning

Je rencontre Ross dans l’après-midi, un professeur de technologie, passionné par les questions d’éducation. Insatisfait de sa posture d’enseignant et de sa relation avec les élèves, il décide au bout de quelques années de leur laisser plus de liberté au sein de son cours. Inspiré par le free running, une discipline qui invite les participants à faire preuve de créativité dans un parcours, il développe un programme pour sa classe : le « free learning ». Ce programme offre un parcours personnalisé aux élèves qui choisissent leurs étapes sur une sorte carte mentale avec de nombreuses arborescences, chaque notion ouvrant de nouvelles perspectives. Les élèves doivent tous commencer par les mêmes notions au début, elles permettent de poser les bases et sont conçues pour être plus structurées et guidantes pour qu’ils s’y retrouvent dans ce nouvel univers. Progressivement, les activités proposées sont de plus en plus libres, à mesure que les élèves sont plus à l’aise avec le fonctionnement afin de leur laisser de plus en plus d’autonomie. (En savoir plus - en anglais)

Ce qui est intéressant dans ce programme, au-delà de la liberté qu’il donne aux élèves de le parcourir en fonction de leurs envies, c’est qu’il permet de remettre l’enseignant et l’élève à côté l’un de l’autre, plutôt que face-à-face, à se faire la guerre.

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L’apprentissage par la découverte

Enfin, pour terminer cette journée bien remplie, je rencontre Brendan, professeur de CM1 et dont Claire, qui m’accompagne depuis le début de cette journée, me parlait avec beaucoup d’enthousiasme, car il est encore maintenant le professeur préféré de sa fille ! J’arrive dans sa classe avant qu’il ne sorte de sa réunion, et je découvre une salle accueillante avec un canapé au centre, un espace clos pour lire tranquillement, des tables à toutes les hauteurs et sur un mur : « La sagesse commence par la curiosité. » Le décor est posé. Le temps que je me rappelle que j’étais dans une salle de classe, Brendan était arrivé. Il est néo-zélandais, donc il sait ce que mettre l’élève au centre signifie. Il me parle de l’apprentissage par la découverte : commencer un cours par une question qui a du sens pour les élèves, les lancer dans la réflexion et les conduire à mener un projet pour résoudre cette question, comme des petits chercheurs en herbe. Il n’hésite pas à multiplier les sorties sur le terrain pour prendre des mesures, analyser des données, examiner les phénomènes de plus près. Sa passion est palpable et quand je lui demande quelques livres à me conseiller, il m’en propose une dizaine, me donne des adresses de sites internet, de gens à suivre sur twitter, bref, il fait mon éducation aussi !

Je sors de cette journée épuisée, mais enthousiaste, d’avoir rencontré tous ces enseignants passionnés et passionnants qui m’obligent à réfléchir sur mes pratiques et ma philosophie. Ce qui me frappe c’est la cohérence de cet établissement. Impulsée par Toby, le principal, une culture d’innovation et de coopération entre professeurs s’est bâtie et fait maintenant l’identité et la force d’ICHK. Nous avons beaucoup à en apprendre.

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