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Créativité

La Blue School

États-Unis

L’histoire de la Blue School a commencé en 2006 avec une garderie fondée par quelques parents, dont les trois fondateurs du Blue Man Group, un groupe artistique né dans les années 90. Pas étonnant donc, que cette créativité débordante soit au cœur de la Blue School qui est consacrée comme l’une des écoles les plus innovantes du monde selon Business Insider. Dans le sud de Manhattan, elle accueille les enfants de 2 à 14 ans, dans un bel espace plein de lumière. Dans une philosophie constructiviste, l’enfant construit lui-même son apprentissage par les questionnements et le jeu. L’école est une Lab School, c’est-à-dire qu’elle affiche son alliance avec la recherche, et met en pratique les dernières avancées en termes de neurosciences en même temps qu’elle sert de laboratoire pour les chercheurs. Elle se donne pour objectif de créer une éducation équilibrée entre trois pôles : les connaissances scolaires, l’intelligence émotionnelle et sociale, et la créativité.

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La créativité

Quand on sait qu’en plus des membres du Blue Man Group, Ken Robinson, connu pour sa conférence intitulée « Comment l’école tue la créativité », fait partie du conseil d’administration de la Blue School, ça veut tout dire. Inspirée de la pédagogie Reggio, née en Italie dans les années 60, l’école se mue en espace d’exploration, de jeu libre et de construction. La philosophie emprunte au constructivisme en mettant l’élève au cœur du processus d’apprentissage par le tâtonnement et la découverte.

Les professeurs de maternelles affichent leur désir de fournir à l’enfant un environnement riche et coloré pour lui permettre d’explorer différents matériaux, différentes expériences sensorielles tout en jouant. Les adultes s’effacent et n’interviennent que pour offrir leur aide et s’assurer que tout le monde se sent intégré et en sécurité. Ainsi peut-on voir de grandes constructions en bois ou des toiles fixées au mur pour permettre d’immenses œuvres d’arremarque aussi l’effort évident de n’avoir que des jouets en bois qui par leur simplicité peuvent s’adapter et prendre une coloration nouvelle selon l’imagination de chaque enfant.

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Au primaire, les projets se multiplient pour lier connaissances scolaires et produit fini. Ainsi, les élèves se lancent dans des expériences pour comprendre le fonctionnement de l’électricité, créent un musée vivant, inventent des histoires, redécorent les couloirs, écrivent des lettres entre le Prince et la Princesse de leur conte.

Au collège, on continue les projets comme au primaire, et avec l’adolescence, l’accent est mis sur l’esprit critique et la réponse créative aux problèmes. Les élèves sont invités, de plus en plus, à se positionner, à défendre leur point de vue en respectant l’autre, à construire une argumentation solide et détaillée.

La créativité est souvent citée comme l’une des compétences essentielles pour les générations à venir qui entreront en concurrence avec des robots, une compétence proprement humaine ; c’est bien pour cela qu’elle est si importante à la Blue School.

Intelligence sociale

À la Blue School, la personnalité de l’enfant est vue comme un aspect aussi important que la maîtrise du contenu, d’ailleurs l’une des premières choses que l’on peut voir en entrant dans l’école sont des affiches présentant enfant de maternelle à travers leurs qualités. Dawn Williams précise « ce ne sont pas nos mots, mais ceux de leurs parents, nous voulons voir si à la fin de l’année, les élèves ont changé, si de nouveaux traits de personnalités se sont dessinés. »

L’empathie et la conscience des autres sont développées dès le plus jeune âge à la Blue School. Ainsi, Dawn nous raconte-t-elle que les enfants de maternelles se sont pris de passion pour des ours en peluche, pour lesquels ils ont construit des maisons et appris à coudre des vêtements. Cet engouement a permis de mettre en pratique leur empathie en les faisant réfléchir sur ce qu’ils pouvaient faire pour aider leur peluche. En grandissant, les élèves sont amenés à travailler en groupe, à établir des règles de respect pour la classe, à s’exprimer de manière saine et constructive.

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De plus, les cours plus scolaires sont souvent reliés à de grandes questions sociales et favorisent les discussions engagées. En cours de « Roman et littérature non-fictionnelle », on peut lire au mur une question qui ouvre les débats : « Que nous révèle ce livre des comportements humains et de nos choix ? » Dans les couloirs, on peut trouver des affiches qui répondent à la question : « Qu’est-ce que le progrès ? » en prenant exemple sur l’effet de la révolution industrielle sur la ville de New-York. On découvre, au détour d’un couloir, une affiche qui porte comme titre : « La démocratie, c’est ça » et qui expose des élèves accompagnés de leurs parents à la « Women’s March », une autre ayant pour titre : « Aux États-Unis, les femmes qui travaillent à temps plein sont payées 80 centimes quand un homme est payé un dollar, pour les femmes de couleur, la différence est encore plus grande. ». On entend une discussion sur le racisme actuel lors d’un cours sur le combat des afro-américains pour leurs droits civiques dans les années 60.

Le lien entre l’école et la vie hors de l’école est essentiel à la Blue School, il ne s’agit pas de faire évoluer les élèves dans deux univers séparés, mais bien de les préparer le plus complètement aux compétences et aux problématiques sociales.

Exigence scolaire

Tout en valorisant la créativité et l’intelligence émotionnelle, la Blue School ne néglige pas l’exigence et la maîtrise des savoirs académiques, car après tout, « c’est ce que toutes les familles attendent de leur école, » peut-on lire sur leur prospectus. Les exigences de la Blue School sont fortes et conduisent les élèves à mener des projets ambitieux et engageants, car ils naissent de leurs questions. Par exemple, en lisant l’Odyssée, les élèves s’interrogeaient sur les repas à l’époque de la Grèce Antique et sur la préservation des denrées au cours d’un voyage en bateau. Ces questions ont donné lieu à des rédactions sur les repas en mer, enrichis des nouvelles connaissances acquises par les élèves.

Les évaluations sont variées et ne se limitent pas aux notes. Comme l’école est privée, elle n’est pas obligée de se soumettre aux tests standardisés qui émaillent la scolarité des élèves américains. Il n’y a donc pas de notes pendant les premières années, uniquement l’évaluation d’un niveau de compétence dans certains domaines définis. Puis, lorsque les notes apparaissent, elles sont complétées par d’autres formes de compte-rendu des apprentissages comme des portfolios, des photos, des vidéos ou des discussions avec les parents.

Ainsi, les connaissances scolaires sont toujours transmises avec le souci de leur donner du sens et de le relier à ce qui touche les élèves, tout en proposant plusieurs façons d’évaluer la maîtrise de ces savoirs, pour s’adapter au plus près à la personnalité de chacun.

Pour aller plus loin

- Ted Talk d’un des fondateurs, Matt Goldman. (en anglais)
- Le site de l’école. (en anglais)
- Toutes les conférences de Ken Robinson sur la créativité à l’école. (sous-titres français)

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