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Climat scolaire

Soutien au comportement positif

Canada

Aux États-Unis et au Canada, un dispositif suscite l’attention en éducation pour améliorer le climat scolaire, c’est le Positive Behavioral Interventions and Supports (le Soutien au Comportement Positif, ou SCP) qui s’inspire de l’efficacité du renforcement positif et invite les professeurs à encourager et féliciter les attitudes positives plutôt que se concentrer uniquement sur la punition des infractions. Steve Bissonnette, fervent défenseur du SCP au Canada, explique qu’il s’agit donc de se « fond[er] sur l’idée que les comportements attendus en classe et hors classe doivent être définis précisément, enseignés explicitement et être reconnus lors de leur manifestation. »

L’Ecole Notre-Dame du Canada à Québec m’a vivement intéressée dans l’application qu’elle a faite du Soutien au Comportement Positif. Il y a 15 ans, cette petite école, située dans un quartier défavorisé de la ville, était boudée par les familles qui craignaient la violence entre élèves, me confiait Hélène, une enseignante qui a connu cette époque. Maintenant l’école a une liste d’attente pour accueillir de nouveaux élèves, et après avoir passé une journée entière dans les couloirs, je n’ai ressenti aucune tension. Comment ont-ils fait ?

Les privilèges

Tout a commencé avec le système de Privilèges qui vise à remarquer les attitudes positives. Les professeurs ont tous avec eux des coupons qu’ils peuvent remettre aux enfants en fonction de leur comportement, pour valoriser ce qui est parfois oublié : les marques de respect, de gentillesse, les efforts fournis, le dépassement de soi… La valeur des coupons s’échelonne de 1 à 5, en fonction de différents critères. Les élèves les collectionnent en attendant de pouvoir les convertir : tous les deux mois, paraît le catalogue des activités que chacun peut acheter avec son nombre de tickets. Les professeurs s’assurent qu’il y ait quelque chose à proposer à tout le monde, qu’on ait peu ou beaucoup de coupons, cela va ainsi du droit d’apporter son jouet préféré en classe à faire une soirée cinéma à l’école avec des pop-corn, en passant par déjeuner avec tel enseignant, bricoler, ou encore décorer des cupcakes.

J’étais familière du principe des bons points, et j’avoue que j’étais assez sceptique à l’idée de renouer avec ces pratiques qui me semblaient dépassées. Mais ce que j’aime ici, c’est l’idée que ces coupons permettent de s’offrir une expérience (et non un cadeau matériel) qui a du sens et qui crée du lien avec la communauté éducative. Combien de fois en tant qu’enseignant se dit-on à la suite d’une sortie (après s’être enfin avachi sur son canapé en rentrant épuisé) : « Ça fait du bien de les voir en dehors des cours, dans un autre contexte ! » Et on remarque souvent ensuite que les élèves sont beaucoup plus agréables en cours simplement grâce à ce moment de parenthèse. Donc l’instituer de manière plus régulière, sur des moments plus simples à organiser qu’une grande sortie, je me dis pourquoi pas ?

Le passeport

Le système des Privilèges s’est ensuite renforcé avec le Passeport. Les adultes de l’école se sont réunis pour faire le point sur les attitudes vraiment inacceptables pour le fonctionnement de l’établissement. Ils en ont défini quelques-unes qu’ils ont formulées grâce à des tournures affirmatives comme des buts à atteindre plus que comme des interdictions. Par exemple, à la place de : « Je ne frappe pas », on peut lire : « Je dis non à la violence », à la place de : « Je ne cours pas, je ne crie pas dans les couloirs », on lit : « je marche calmement et en silence dans le corridor. » Cette formulation semble anodine, mais elle participe de la volonté d’enseigner explicitement le comportement attendu, plutôt que de le laisser deviner par défaut de ce qui est interdit. Les élèves qui enfreignent ces règles ont alors une signature dans la case correspondante, ce qui signifie un retrait de points pour la semaine. À la fin de la semaine, le professeur fait le bilan des signatures sur le passeport et attribue un maximum de cinq coupons s’il n’y en a aucune. Ce passeport doit être signé toutes les semaines.

Là encore, je connaissais le système de permis à point qui fonctionne comme le permis de conduite, avec des retraits de points jusqu’au retrait de permis, qui s’accompagne de sanction. Là encore, quid de ceux, nombreux, qui n’ont jamais de retraits de points, ou alors mineurs, et qui ne se voient jamais reconnus pour leurs efforts, car ce qu’on estime souvent, c’est que ce comportement est normal ! Pourtant nous, en tant qu’adultes, et enseignants, nous râlons bien assez de ne pas voir nos efforts reconnus par notre hiérarchie et ça nous donne envie parfois d’en faire moins, parce que bon, finalement, qu’est-ce que ça changera ? Ce passeport tel qu’il est institué à Notre Dame du Canada permet de reconnaître les efforts de ceux qui jour après jour ne bavardent pas alors que la tentation est forte, se mettent au travail quand on leur demande, respectent leurs camarades et leurs enseignants, et qui pourraient finir par croire que ces efforts ne sont pas importants pour la vie de la communauté s’ils ne se voient pas reconnus. Et on peut même espérer que ça donnera des idées aux autres ! Il semblerait d'ailleurs que ce soit le cas.

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Héros ou héroïne de la semaine

Ces pratiques s’accompagnent de la célébration, chaque vendredi du Héros ou de l’héroïne de la semaine. L’élève qui a brillé par sa participation, son enthousiasme, son altruisme, ses performances, se voit reconnu, ses parents sont appelés pendant l’heure de cours pour être mis au courant, les élèves de la classe le célèbrent alors auprès de ces derniers, il se voit remettre un diplôme et il apparaît en photo sur l’affiche : « Le Héros de la semaine ».

Je ne suis pas une inconditionnelle de la méthode de l’employé du mois, mais j’avoue que j’aime assez qu’on appelle les parents pour dire des choses positives. Ça change agréablement !

Gala Meritas

Enfin, à la fin de l’année se tient le Gala Meritas qui récompense les élèves qui ont gardé un passeport vierge toute l’année, ceux qui ont collecté le plus de coupons et ceux qui ont obtenu de bons résultats. C’est une grande fête au cours de laquelle des enfants présentent des spectacles et ceux qui sont récompensés peuvent inviter deux membres de leur entourage pour assister à cette célébration. Cet événement est attendu et préparé par de nombreux élèves qui sont fiers d’être représentés à cette soirée.

Ce que j’en pense

J’ai précisé mon opinion sur chacun de ces dispositifs, mais pour synthétiser tout cela, je dirais que je connais beaucoup d’élèves qui sont sans cesse à la recherche d’attention (j’en ai un bien en tête en ce moment même) et qui se complaisent à s’attirer des ennuis par de multiples infractions alors que ce ne sont vraiment pas de mauvais bougres. Finalement, c’est assez logique, car si le système éducatif n’offre de l’attention qu’à ceux qui enfreignent les règles, on arrive à ces situations absurdes où l’élève, dans son besoin de reconnaissance exacerbé à l’adolescence, ne se sent exister que quand on arrête le cours pour le reprendre sur ses manquements aux règles, et non quand il se plie aux multiples exigences de l’école. On pourrait espérer un système qui célèbre par défaut les petits mignons avec lesquels tout est facile et qui nous laissent le temps de régler les infinis problèmes des affreux.

Pour finir avec une parenthèse personnelle qui soutient mon discours, je me souviens encore d’un épisode au collège, on est vers la fin de l’année, la prof de SVT veut s’adresser à moi, mais elle ne retrouve pas mon prénom, et alors qu’on long moment de gêne s’installe, le « cancre » de la classe se tourne vers moi et me dit avec un air de mépris et de revanche affichée : « Elle ne connaît toujours pas ton nom ! Ça fait mal ! » Alors, 1. oui ça fait mal, 2. je persiste à trouver ça totalement absurde et contre-productif de construire un système qui par défaut donne tant d’attention à ceux qui ne respectent pas les règles.

Pour aller plus loin

Un article de Steve Bissonnette et al., sur le SCP et son efficacité.

Pour s’inspirer en France

- Le site canadien qui présente de Soutien au Comportement Positif est plein de ressources très concrètes pour mettre en place un tel système.
- La présentation du soutien au comportement positif sur le site du réseau canopé, qui fait mention de plusieurs établissements dans l’académie de Besançon qui se sont formés à ces pratiques. C’est un peu succinct, mais ça donne des clés et des références en France.
- Une liste d’activités possibles à offrir aux élèves.