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Repenser l’évaluation

Le portfolio

Brésil

Je pense qu’on sera tous d’accord, évaluer est toujours une lutte et nos moyens de le faire sont souvent insuffisants ou inutiles. On connaît en France un grand débat entre les partisans des notes et ceux des compétences. Les uns arguent que les compétences sont souvent illisibles, inutiles, leur évaluation hypocrite et démotivante pour les meilleurs. Les autres avancent que les notes manquent de précision, associent des choses qui ne devraient pas l’être et découragent les élèves en difficulté.

De part et d’autre, des arguments sont valables et il me semble que pour dépasser cette contradiction, on pourrait s’interroger sur un système d’évaluation qui fournisse un feed-back efficace aux élèves afin qu'ils sachent où ils en sont, ce qu'ils maîtrisent, ce qu’ils ne maîtrisent pas et ce qu'ils doivent faire pour progresser. En bref, comment évaluer de manière juste, précise et encourageante ?

Au Brésil, j'ai découvert la Wish School, une école démocratique, où les enfants sont libres de s'organiser et d'apprendre ce qui les intéresse, à leur rythme. Dans cette école, la notation traditionnelle est limitée à ce qui est obligatoire pour répondre à certaines attentes de l'État, mais sinon, les professeurs ont trouvé une autre façon de garder la trace des progrès des élèves : un portfolio.

Cet outil est courant en maternelle pour montrer le suivi d’un enfant, mais complètement absent pour les élèves plus âgés. Il s’agit de garder dans un classeur ou un porte-document, des instantanés d’exercices, d’évaluations, qui témoignent des progrès de l’élève au fil de l’année. Le professeur pourra simplement ajouter un ligne sur ce qu’il faut remarquer, à destination des parents qui s’interrogent sur le niveau de leur enfant.

Andressa ajoute à ce dispositif deux outils qui me semblent intéressants, car ils engagent l’élève dans un processus de réflexion sur son apprentissage (métacognition). Le premier est un document mentionnant des compétences que l’on veut voir acquises chez les élèves. La progression peut être notée par l’élève lui-même, par ses camarades ou par l’enseignant ou l’enseignante, tant qu’elle est justifiée à l’écrit sur le document.

Le second document se remplit avec un professeur ou une professeure chaque mois, il exige de l’élève de faire le point dans différents domaines sur ce qui était simple pour lui et de mettre le doigt sur ce qui a posé problème. Ensemble, élève et prof fixent des objectifs à atteindre et des outils à utiliser en cas de difficulté jusqu’à la prochaine session.

Ce que j’en pense

J’aime que portfolio se construise sur la mise en évidence de l’évolution des élèves. C’est quelque chose qui me manquait en tant qu’enseignante : un indicateur clair pour l’élève de ses progrès ou de ses régressions. J’aime aussi beaucoup l’espace qu’il laisse au travail métacognitif : analyse de la difficulté des tâches, fixation d’objectif, planification, justification de la maîtrise d’une compétence. Enfin, je suis sensible au fait que cet outil soit clair et lisible pour des parents : ils peuvent savoir précisément ce qui est en cours, ce qui est maîtrisé ou pas, même pour les parents non-lecteurs.

Pour s’inspirer

  • Un site canadien qui propose de nombreuses ressources pour se lancer dans le portfolio. (français)
  • Un guide pratique pour tester cet outil, accompagné d’une bibliographie commentée. (français)
  • L’article d’une professeure américaine explique en détail, avec des photos, ce qu’est un portfolio. (anglais)

Pour aller plus loin

  • Quelques réflexions sur le portfolio. (français)
  • Un article australien qui présente cet outil en proposant quelques mises en garde. (anglais)