“Quand on s’aperçoit de notre capacité à toucher un élève, c’est très spécial.”

Danielle

Meet Danielle, French teacher, Westlake Girls High School (New-Zealand)

J’ai contacté Danielle par l’intermédiaire de la déléguée à la coopération scolaire de l’ambassade française de Nouvelle-Zélande. Elle est professeure de français dans un immense lycée public pour filles et présidente de l’association des professeurs de français en Nouvelle-Zélande. Je l’ai donc rencontrée dans son bureau de Dean qu’elle partage avec Claire, l’autre Dean de sa House, Onewa. Cet établissement est composé de cinq Houses — une de plus qu’à Poudlard ! — et chacune est dirigée par deux Dean, qui font un travail semblable à celui de CPE en France, sauf que les Dean sont aussi professeurs en parallèle.

Nous avons bavardé quelque peu avant que j’assiste à son dernier cours de l’année (Eh oui, ce sont les vacances d’été qui commencent ici !) consacré à un travail collaboratif de comparaison entre Noël en France et en Nouvelle-Zélande. Je comprends à demi-mot que ces élèves n’ont fait que 5 mois de français et qu’il n’est pas sûr qu’elles poursuivent l’année suivante. Une problématique sur laquelle Danielle reviendra ensuite.

Ensuite, comme c’était le jour de la remise des prix parmi les professeurs, nous nous sommes rendues dans une immense salle pleine à craquer où un buffet de Noël nous attendait. Quelques minutes plus tard, la représentante de la communauté (qui est parent d’élève, mais ce n’est pas toujours le cas) accompagnée de la principale ont décerné quelques prix pour encourager l’engagement des professeurs. Je remarquai que systématiquement, les enseignants étaient loués pour leur travail personnel et leur engagement en dehors des heures de cours, en soulignant par des exemples concrets ce qui leur avait valu ce prix.

Danielle est professeure de français à Westlake Girls High School depuis ses débuts en 2010, elle a retrouvé ses anciens enseignants et enseignantes car c’est le lycée qu’elle a fréquenté lorsqu’elle était adolescente. Elle a une licence en français et en espagnol et a travaillé pendant un an dans la petite ville de Crest, dans la Drôme, en tant qu’assistante d’anglais avant de passer son diplôme pour enseigner. Il lui a fallu trois ans pour se forger son « identité de professeure » , comme elle le dit si bien, c’est-à-dire : savoir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, accumuler des ressources et assez d’expérience pour être assurée. Elle me cite son ancienne enseignante d’allemand — qui travaille maintenant à ses côtés — comme modèle car « elle sait quand se battre et quand lâcher. Elle cherche toujours à innover en cherchant de nouvelles solutions. »

Quand je lui demande ce qui est important pour elle en tant qu’enseignante elle me répond : « la flexibilité, parce que l’éducation change tout le temps, et la relation avec les élèves. Elles n’apprendront pas de quelqu’un qu’elles n’aiment pas. En début d’année je pose les limites et j’exprime mes attentes mais je prends aussi soin de partager ce que je suis avec elles. On leur demande toujours de partager des choses assez personnelles en langue, donc je le fais aussi. » Et en effet, je sens qu’elle les aime, ses élèves. Cette école fonctionne avec des Form Teachers et des Form Classes : pendant 20 minutes avant chaque journée de cours, les élèves sont réunies par groupes d’une vingtaine d’une même House autour d’un Form Teacher qui fait le point sur ce qui va et ce qui ne va pas, les échecs et les succès. Ce dernier peut donc être très rapidement au courant de la vie de la classe et il informe le Dean de ce qui mérite d’être partagé. Toutes les semaines une assemblée est organisée pour féliciter les élèves devant toute l’école. Les succès sont aussi relayés dans la communauté par une newsletter. Danielle a ainsi suivi une promotion depuis 5 ans, et alors que l’année se termine, elle revient avec un peu de nostalgie sur le parcours de ses élèves qui arrivaient timides et quittent le lycée bien affirmées. Elle évoque avec une pointe de fierté son étudiante de français qui lui a dit l’an dernier qu’elle ne reviendrait pas en Year 13 (l’équivalent de la Terminale) car elle partait en France. « Quand on voit, comme ça, notre capacité à toucher un élève, c’est très spécial, conclut-elle. »

D’autant plus spécial, en effet, que dans le système scolaire néo-zélandais, les langues ne sont pas obligatoires. Les élèves essaient deux langues différentes durant leur première année, la pratiquant durant un semestre, puis ils peuvent la continuer ou l’abandonner chaque année. Ainsi, dans l’établissement de Danielle, elles sont près de 200 à commencer le Français en Year 9 mais seulement 20 à le poursuivre jusqu’en Year 13. « C’est une lutte continuelle pour garder nos élèves et rendre la langue attractive, constate Danielle, sauf qu’apprendre une langue, ce n’est pas toujours attractif ! Nombreux sont les élèves qui reviennent me voir en disant : “J’aurais dû continuer !”, mais c’est trop tard… » Alors elle se démène pour garder ceux qu’elle a en classe : elle travaille étroitement avec l’ambassade afin de trouver des partenaires en France et avec la communauté des professeurs de français pour partager et trouver de nouvelles ressources. Elle a intégré les TICE (Technologie de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) dans ses pratiques avec des outils tels que Quizlet, Google Drive, des contenus audio et vidéo. Elle met aussi la collaboration au cœur de son enseignement, « essentielle pour l’apprentissage de la langue » : les élèves sont en groupe, échangent en français, créent ensemble le contenu pour la classe.

Dernièrement, la question de l’inquiry based learning est arrivée à Westlake et pour Danielle cette méthode répond à sa recherche d’authenticité et à la quête de sens chez les élèves, même si « ce n’est pas évident de le mettre en pratique en langue car il faut un certain vocabulaire, regrette-t-elle. » L’inquiry based learning encourage l’activité des élèves et leur curiosité en soulevant des questions qu’ils doivent résoudre en mettant en place des stratégies de recherche et d’analyse. Danielle a donc proposé un projet autour de l’écologie cette année. Elle avait en amont préparé des sous-thèmes qu’elle avait documenté pour aider ses élèves à en choisir un qui fut finalement la question des déchets. Les étudiantes filmèrent dans un parc tous les déchets laissés par les habitants, elles inclurent à leur film leurs commentaires, des sous-titres en français pour être comprises par la communauté francophone et enfin des questions destinées à un scientifique. « Elles ont mené une enquête, elles ont soulevé elles-mêmes des questions pertinentes sur cette thématique et ça les a passionnées. » Une belle réussite, donc !